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Burkina Faso: la justice continue d'avoir mauvaise presse


symbole justice

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Malgré la chute du pouvoir Compaoré, la justice Burkinabè continue d’avoir mauvaise presse auprès des populations. La raison ? Le gouvernement de la transition peine à faire la lumière sur les victimes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. Et ce, même s’il prévoit la création d’un Comité Dialogue, Vérité et Réconciliation ; et des états généraux du 24 au 27 mars prochain. Nous avons recueilli les points de vue de quelques experts sur la question.

 

 

SENI KOANDA

Séni KOANDA, président de la Coordination des Associations pour l’Assistance et le Secours Populaire.

Tout ce que le peuple demande, c’est que la justice joue son rôle. Plus d’une trentaine de personnes sont tombées lors des manifestations du soulèvement populaire. Il faut qu’on sache comment les choses se sont passées afin de situer les responsabilités. Au niveau de la coordination, nous avons pu mettre en place un collectif de 20 avocats dirigé par Maitre FARAMA pour recueillir les plaintes dans le but d’établir la justice. Si les gens ont effectivement tiré à balles réelles sur nos populations, il est important de savoir comment cela s’est passé. Il faut que des réparations puissent être faites puisque ce sont des personnes qui sont décédées et qui étaient un soutien pour leurs familles. Donc on doit pouvoir réparer cela concrètement afin que ces familles puissent continuer à avoir quelque chose pour vivre normalement.

Maitre FaramaMaitre Prosper FARAMA, Avocat de la famille Norbert Zongo, président du Collectif Justice pour les Victimes de l’Insurrection

Au regard des atteintes aux droits humains, les faits qui se sont produits les 30 et 31 octobre sont suffisamment graves. On est à un bilan officiel d’environ une trentaine de morts par balles réelles et à peu près 400 blessés sur l’ensemble du territoire national. Ainsi, le Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP) ayant contacté un collectif d’avocats a estimé qu’il est impératif, au-delà des indemnisations, qu’on sache qui a tiré. Dans quelles circonstances et pourquoi. Nous estimons qu’il n’est pas nécessaire que la victime elle-même dépose plainte. A partir du moment où il y a eu des infractions comme celles-là, il est de droit que les autorités judiciaires s’autosaisissent. Mais cela fait environ trois mois qu’on n’entend  rien dire, donc il y a une sorte de manque de volonté politique. Alors, il est de bon ton que nous mettions la pression sur  l’appareil judiciaire afin que justice soit faite clairement sur cette affaire, parce qu’on ne peut pas tirer à balles réelles sur des citoyens Burkinabè, en tuer, et dire simplement qu’on va les indemniser et passer à autre chose.

Moussa M. KABOREMoussa Mitibkièta KABORE, Magistrat et secrétaire général au Cercle d’Eveil

Notre justice est taxée de tous les péchés d’Israël. Le malaise est si profond qu’on peut, sans risque de se tromper, dire que la perception très négative de la justice a été l’une des causes de l’insurrection populaire qui a écourté le mandat du régime Compaoré. Les victimes survivantes de l’insurrection ainsi que les familles des personnes décédées sont en droit de savoir qui est responsable des drames qu’elles vivent. Que l’intention ait été de tuer ou de dissuader, le résultat est le même. Il y a eu blessures et morts d’hommes. Dans les circonstances que nous connaissons, il est clair que des gens ont tiré sur des manifestants à mains nues et sans doute que d’autres ont donné l’ordre de tirer. Ces faits sont constitutifs d’homicides volontaires ou involontaires, voire de complicité d’homicides volontaires ou de blessures volontaires. Il faut donc que des enquêtes soient initiées sur la base des plaintes des victimes afin d’engager des poursuites.

Evarist Faustin KossimboEvariste Faustin KONSIMBO, Economiste et président du cercle d’Eveil

A mesure que nous nous éloignons de la date où a eu lieu le mouvement citoyen, il y a un sentiment qui ne diminue pas dans la conscience collective : l’impunité. Cette impunité a laissé sans coupable le meurtre du président SANKARA, du journaliste Norbert ZONGO, et plus récemment la mort suspecte du juge NEBIE, et bien d’autres victimes. Ce sentiment est une gangrène qui alimente les rancœurs les plus violentes. Nous sommes au regret de dire que la transition, jusqu’à présent, n’a rien fait pour battre en brèche  ce sentiment. Il y a eu des morts les 30 et 31 octobre, certes qui n’ont pas la renommée d’un président, d’un journaliste ou d’un juge. Mais parce qu’il y a eu des assassins qui ont tiré sur des civils désarmés, dont les photos circulent sur tous les réseaux sociaux. Et ces assassins, y compris ceux qui ont donné l’ordre aux soldats de tirer, ceux qui ont signé l’ordre de réquisition et les règles d’engagement, c’est à la justice de s’en occuper. Or rien, pas le début d’une enquête préliminaire, alors qu’il s’agit de violations de notre constitution en son article 166.

 

Propos recueillis par Noufou OUEDRAOGO

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