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Last updateSam, 07 Fév 2015 11pm

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Editorial

Après les agissements du RSP, le président de la transition est maintenant entre les mains des fidèles et dévoués serviteurs de Blaise Compaoré

Blaise et le RSPL’hebdomadaire conseil des ministres du 4 février 2015 prévu pour se tenir à 9h, est finalement reporté à une date ultérieure sans plus de précision. De dame rumeur on apprend qu’une pomme de discorde entre le régiment de sécurité présidentiel (RSP) et le premier ministre Yacouba Isaac Zida serait à l’origine du report du conseil de ministre et ce dernier aurait trouvé refuge au palais du Mogho Naba.

Cette information suscitera moult inquiétudes au sein de la population. Le RSP exigent la satisfaction de ses revendications basées principalement sur des  primes de fin d’années et l’affectation de certains de leurs éléments. N’ont-ils pas encore compris que « plus rien ne sera comme avant » ? Quel message ce corps d’élite tente-il de faire passer aux dirigeants et à la population? Que doit-on faire de cette composante de l’armée longtemps accusée d’être à la solde de Blaise Compaoré et non du président du Faso ? Essayons de comprendre ces différents éléments, point par point.

Premier élément : de quel droit des éléments du RSP peuvent-ils interrompre le conseil des ministres ? Qui peut interrompre un conseil de ministre et dans quel cas ?

Lorsque la vie du président et celle des membres du gouvernement est en danger. Etait-est-ce le cas ? Assurément pas puisqu’en croire certaines indiscrétions, le président Michel Kafando était bien présent au palais de Kosyam où devait se tenir le conseil des ministres qui toutefois n’avait pas encore commencé. Autant dire que le conseil a été reporté mais pas interrompu comme l’ont relevé certains médias. Reporté sans explications concrètes. De sources concordantes, le véhicule du premier ministre Yacouba Isaac Zida, alors qu’il se dirigeait au palais présidentiel a été détourné et redirigé vers le palais du Mogho Naaba. Par qui ? Sans doute des éléments du RSP.  Cette information est confirmée au palais. Outre le colonel Zida, y ont également été aperçus l’ancien président Jean baptiste Ouédraogo, le général Djiendjére, celui-là même qui est à la tête du RSP. Ainsi donc le conseil des ministres a été reporté parce que des éléments du RSP tenaient à avoir une discussion sérieuse avec un des leurs, le colonel Yacouba Isaac Zida. Une discussion qui ne pouvait attendre la fin de l’hebdomadaire conseil des ministres.

Deuxième élément : Que doit-on comprendre par cet acte ?

La raison pour laquelle le RSP tenait coute que coute à s’entretenir avec le colonel Zida serait le non-respect des délais impartis au premier ministre pour la satisfaction de certaines revendications. En effet, selon Jeune Afrique, dans le cadre de la réduction du train de vie de l’Etat, la prime de fin d’année des éléments du RSP avait été supprimée. Ce qui n’a visiblement pas été du goût de ses membres. Dans un premier temps ils auraient réclamé, le 30 octobre 2014, au premier ministre, la restitution de ces primes. Une promesse non tenue les aurait fait revenir à la charge ce 4 février.  Autre raison évoquée, la tentative de démantèlement du RSP. Les différentes affectations de certains gradés du RSP sont perçues comme la volonté manifeste de dissoudre ce corps d’élite (le premier ministre étant lui-même membre N°2 de ce corps après Djiendjére). On se rappelle que lors de la commémoration de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, le colonel Isaac Zida avait promis à la population Burkinabé le redéploiement du RSP. Il affirmait que ce dernier sera rattaché à l’armée de terre pour des missions de lutte contre le terrorisme et le grand banditisme. Ce discours du premier ministre devient-il une pilule amère à avaler ?

Suite aux concertations tenues au palais du Mogho Naba, Zida aurait revu sa promesse et assuré que le RSP ne sera pas démantelé. Le premier ministre se retrouve entre le marteau et l’enclume. Zida dès le départ de la transition a voulu se rapprocher de la population en lui promettant ce qu’elle voulait et dont il n’était pas sûr d’offrir. Par ailleurs il a oublié que militaire avant tout, il était sous les ordres d’une hiérarchie. Une hiérarchie qui lui a d’ailleurs sommé de revoir la nomination de Céleste Coulibaly à la tête  de l’état-major particulier à la présidence du Faso. Ce dernier étant de grade inférieur. Au-delà des différentes raisons pouvant justifier la réaction des membres de la garde prétoriennes ce 4 février 2014, un message a été envoyé à l’opinion publique : on ne joue pas avec le RSP. Le message est clair pour ceux qui en doutaient jusqu’à présent.

Malgré la chute du régime de Blaise Compaoré, sa garde rapproché continue de dicter sa loi, allant jusqu’à faire dire à certaines personnes que l’homme fort de Ziniaré  tire les ficelles de la transition. Raison peut leur être donnée quand on sait que deux des trois revendications ont déjà été satisfaites. La première, concernant les primes avait été résolue. La seconde vient de l’être également avec la nomination du colonel-major Boureima Kéré (homme de main de Gilbert Djiendjére et jusque-là N°1 du RSP après que ce dernier ait été démis de ses fonctions comme chef d’Etat-major particulier à la présidence du Faso. Le Lieutenant-Colonel Moussa Céleste Coulibaly a également été nommé à la tête du RSP.

On le sait pourtant, c’est ce dernier qui était aux côtés de l’ex président Blaise Compaoré pendant sa fuite après la chute de son régime. Ainsi le président de la transition serait maintenant entouré des fidèles et dévoués serviteurs de Blaise Compaoré. Le RSP aurait-il eut la main forte si le colonel Yacouba Isaac Zida avait mis fin à ses fonctions militaires avant sa prise de fonction de premier ministre ? Les partis politiques et les organisations de la société civiles se sont-ils fait rouler dans la farine en acceptant la présence des militaires, notamment des membres du RSP dans la transition?

Troisième élément : plus rien ne sera comme avant (les avantages de l’ancien régime)

Il est temps pour notre cher corps d’élite de comprendre que les temps ont changé et que comme le dit Isaac Zida, « plus rien de sera comme avant ». Ils ne sont pas tenus de jouir des mêmes privilèges qu’au temps de leur bienfaiteur Blaise Compaoré. Ces derniers sont les plus privilégiés et les plus équipés de l’armée Burkinabé. Pourtant ils ne sont qu’un millier. Les avantages dont ils bénéficient rendent jaloux plus d’un dans l’armée. Le RSP est une armée dans une armée avec un état-major particulier dont ils reçoivent et exécutent les ordres au détriment de l’état-major général des armées. Avec ce qui vient de se passer, il ne serait pas étonnant que dans les prochains jours, d’autres corps frustrés de l’armée se mettent à revendiquer des privilèges.

Ces différents éléments nous amènent à la cruciale question, que faire finalement du RSP ? Faut-il affecter ces éléments dans les différentes casernes du pays ? Les redéployer comme l’a promis le premier ministre ? Ou tout simplement dissoudre le régiment comme le demande certains partis politiques et organisations de la société civile? Il est clair qu’une solution doit être trouvée au problème du RSP mais laquelle? Les affecter dans les différentes casernes sera les livrer à leur pires ennemis quand on sait qu’ils sont jalousés par les autres corps de l’armées mais aussi que ce sont ces mêmes éléments du RSP qui avaient été envoyés à Bobo Dioulasso pour mettre fin aux mutineries de 2011.

Les redéployer à des fins de missions de lutte contre le terrorisme et le grand banditisme comme l’avait suggéré le premier ministre n’est pas sans danger. Il ne faut pas courir le risque de les laisser tous ensemble avec des armes à leur disposition, mêmes si leur rôle sera redéfini. Dans le cas contraire, l’on n’est pas loin d’un coup d’Etat de la part de ses fidèles de Blaise. Faut-il alors les dissoudre purement et simplement ? C’est ce que voudraient bon nombre d’acteurs de la scène socio-politique.  Pourtant, avec ce rebondissement du 4 février, il est clair que le RSP est prêt à tout pour maintenir l’unité mais aussi ses privilèges.

Malgré l’appel du président de la transition Michel Kafando à rester calme et l’annonce d’une commission  de concertation sur le futur rôle du RSP, le peuple de son côté reste prêt à tout pour sa dissolution.  D’ores et déjà des mouvements spontanés du côté des organisations de la société civile mais aussi des partis politiques se mettent en place pour réclamer haut et fort la dissolution du RSP. On se rappelle que l’entêtement de Blaise Compaoré lui a couté son règne. Tout comme son mentor, le RSP est-il en train de courir à sa perte ? Pliera-t-il face à la pression de la rue ou fera-t-il usage de la force comme le 30 octobre dernier pour protéger leur intérêt ?

                                   Viviane BAMA.

 

 

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Le RSP constituera toujours un problème pour notre transition et les gouvernements à venir

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Le 30 décembre 2014. Grogne à la présidence du Faso, le RSP (Régiment de Sécurité Présidentielles) exigeait la démission du premier ministre. 4 février. Récidive du RSP pour exiger encore la démission de Yacouba Isaac Zida et des autres militaires membres du gouvernement. Après une rencontre entres le Président du Faso et les responsables militaires, le calme semble revenir, dans le secret du silence que l’on reconnait à la grande muette. 

Encore le RSP serait-on tenté de dire. Le régiment de sécurité présidentiel anime l’actualité des médias nationaux et internationaux et ce, de la mauvaise des manières. Créé de façon illégale en 1987 par le désormais ex-président Burkinabè Blaise Compaoré pour assurer sa sécurité, ce corps d’élite assez composite constitue une pomme de discorde dans la société burkinabè. Tout serait parti de la déclaration inattendue du Premier ministre, Yacouba Isaac Zida, le 13 décembre 2014 à la place de la Révolution. Face à l’insistante pression de la foule, ce dernier avait déclaré que le régiment de sécurité présidentielle serait rattaché à l’armée de terre pour d’autres missions. Dans un contexte sous régional marqué par le terrorisme et autres formes d’extrémismes, il avait laissé entendre que ce corps d’élite de l’armée vaquerait désormais à « Des missions de lutte contre le terrorisme et le grand banditisme. »  La nomination d’une dizaine de membres de ce régiment qui a été faite après cette déclaration a été interprétée par les soldats comme un démantèlement progressif de ce corps, le plus équipé et le plus  choyé en termes de traitement salarial dans les forces armées.     

Premier ministre pour l’armée ou pour le peuple ?

Admis au poste de premier ministre pour assurer la transition, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida n’est sans doute plus le Zida du régiment mais le chef du gouvernement burkinabè. A cet effet, il ne doit plus être le représentant du seul RSP pour défendre ses intérêts afin de le maintenir dans un pays qui souffre assez de sa présence. Selon la constitution burkinabè, la promotion à une fonction gouvernementale marque une cessation du contrat avec son poste d’origine. C’est ce que stipulent les articles 70 et 71.

Article 70 : Les fonctions de membres du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire, de toute activité professionnelle rétribuée et de toute fonction de représentation professionnelle. Toutefois, l’exercice des fonctions de représentation professionnelle à caractère international est possible avec l’accord préalable du Gouvernement.

Article 71 : Toute personne appelée à exercer des fonctions ministérielles bénéficie obligatoirement d’un détachement ou d’une suspension de contrat de travail selon le cas.

L’armée en fera t’elle l’exception ? Non, dira-t-on car cela fausserait le jeu démocratique et renforcerait la dictature militaire dans laquelle l’armée, à travers le RSP, qui dictera sa volonté au premier ministre. Ce ne devrait pas être le cas dans un Etat qui se veut démocratique.

De la nécessité de dissoudre le RSP

Il y a une urgence pour notre pays de se passer des services de ce corps. Au nom d’un individu, on ne peut pas se permettre d’ôter la vie à plus d’une trentaine. Pour les intérêts égoïstes et égocentriques d’un individu ou d’un clan, on ne peut pas tirer avec des balles réelles sur une population civile innocente venue réclamer le respect de la constitution. Si l’armée est républicaine, ce corps ne l’est pas. C’est un corps à la solde d’un individu : Blaise Compaoré, créé pour sécuriser sa citadelle imprenable. Après l’insurrection populaire du 30 octobre 2014, le RSP n’a plus de raison d’exister après la répression mortelle des fils et filles du Burkina. Il est urgent de dissoudre ce corps car il constituera toujours un problème pour cette jeune transition et les gouvernements à venir.  L’armée n’a pas pour rôle de garder un président à moins que ce soit une dictature ou un régime d’exception, mais plutôt veiller à défendre l’intégrité territoriale et la garantie la sécurité des populations aux frontières étatiques : garantir la sécurité, la souveraineté et l’intégrité du territoire national. En ce qui concerne la sécurité à l’intérieur du pays, elle incombe à la police qui a pour mission de maintenir l’ordre public et d’assurer la sécurité. Il est donc grand temps de faire disparaitre ce corps.  

Des manifestations à l’horizon

Devant cette immixtion du RSP dans la gestion de la transition politique burkinabè, les organisations de la société civile prévoient une marche ce samedi 07 février 2015 pour dénoncer cet état de fait. De même, la dissolution du régiment est sur les lèvres. Les partis de l’opposition ont aussi appelé leurs militants à se mobiliser contre l’existence du RSP. C’est donc dire que personne ne volera la révolution aux Burkinabè. L’armée a ses armes mais le peuple a son nombre.

 

Rufin BATIONO

 

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